Traduction et ponctuation
La virgule après les constituants initiaux en espagnol et en français
Translation and punctuation
The comma after initial constituents in Spanish and French
Élodie Weber
Sorbonne Université (Paris, France)
elod.web@gmail.com
Reçu le 17/10/2024, accepté le 10/3/2025, publié le 24/10/2025
Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)
© 2025 Élodie Weber
Pour citer cet article
Weber, Élodie 2025. Traduction et ponctuation. La virgule après les constituants initiaux en espagnol et en français. Studia linguistica romanica 2025.14, 53-84. https://doi.org/10.25364/19.2025.14.3.
Résumé
Dans le domaine de la ponctuation, la linguistique contrastive s'intéresse aux préférences linguistiques propres à chaque langue, tâche à peine entamée dans le domaine français-espagnol. Les écarts observés dans deux traductions, l'une espagnole, l'autre colombienne, du roman Sylvie de Nerval montrent que le problème se pose notamment après les constituants initiaux de la phrase. La confrontation de la norme et de l'usage révèle en effet plusieurs tendances : un emploi fluctuant de la virgule, tant en français qu'en espagnol, dans la suite des connecteurs, une préférence commune aux deux langues pour l'emploi de la virgule dans la suite des modalisateurs, enfin un emploi moins fréquent de la virgule en espagnol dans la suite des compléments circonstanciels. L'analyse fait aussi apparaître une variation diatopique entre les espagnols péninsulaire et colombien. À titre d'hypothèse sont évoqués des facteurs susceptibles d'expliquer les points communs et les différences mises en évidence.
Mot-clés
Français, espagnol, virgule, traduction, constituant initial, connecteur, modalisateur, complément circonstanciel, variation diatopique.
Abstract
In the field of punctuation, contrastive linguistics focuses on the linguistic preferences specific to each language, a task barely begun in the French-Spanish domain. The discrepancies observed in two translations, one Spanish, the other Colombian, of Nerval's novel Sylvie show that the issue arises particularly after initial constituents in the sentence. The comparison of norms and actual usage reveals several tendencies: a fluctuating use of the comma, both in French and Spanish, after connectors; a common preference in both languages for the use of the comma after modalizers; and finally, a less frequent use of the comma in Spanish after circumstantial complements. The analysis also reveals a diatopic variation between Peninsular and Colombian Spanish. Possible factors that might explain the similarities and differences observed are discussed as hypotheses.
Keywords
French, Spanish, comma, translation, initial constituent, connector, modalizer, circumstantial complement, diatopic variation.
Sommaire
1 Introduction
2 Méthodologie et résultats
3 Vérification des résultats
3.1 Connecteurs
3.2 Modalisateurs
3.3 Compléments circonstanciels
3.3.1 Introducteurs de cadres
3.3.1.1 Syntagmes prépositionnels
3.3.1.2 Syntagmes nominaux
3.3.2 Constructions détachées
3.3.2.1 Gérondifs
3.3.2.2 Infinitifs prépositionnels
4 Analyse des résultats
5 Conclusions
Abréviations et références bibliographiques
Annexes
1 Introduction
[1] Le problème de la ponctuation se pose nécessairement au traducteur qui cherche à rendre avec la plus grande fidélité possible le texte de départ dans une autre langue. La ponctuation remplit en effet plusieurs fonctions essentielles. Les signes de ponctuation dits logico-séparateurs (virgule, point, point-virgule, deux points) assument une fonction syntactico-sémantique dans la mesure où ils accompagnent l'agencement des mots, des groupes de mots et des phrases en marquant leur rôle respectif dans l'ensemble du texte. D'autres, comme les points d'interrogation et d'exclamation, remplissent une fonction essentiellement sémantique pour exprimer doute, surprise, étonnement. Enfin des signes de ponctuation comme les tirets, les parenthèses et les guillemets remplissent une fonction énonciative, ainsi que l'explique Catach (2010 : 72) : ils « relèvent de segments 'libres', séparés du reste de la phrase (ajouts, incidentes et incises, citations, références, dates, etc.) ainsi que des marques de discours seconds (discours dans le discours, discours rapportés) ».
[2] Si, comme l'affirment certains1, la ponctuation est universelle, alors la marche à suivre en traduction est simple : il conviendra de reproduire fidèlement la ponctuation du texte de départ, tout en tenant compte des contraintes syntaxiques et des conventions orthotypographiques propres à chaque langue. Le point de vue de l'universalité n'est néanmoins plus partagé par tous ; s'agissant de l'espagnol et du français, en particulier, Belot (1987 : 419) note des différences dans l'emploi de la virgule, en lien avec des habitudes syntaxiques différentes : « on constate une plus grande densité des virgules en français, qui est liée à la tendance du français à juxtaposer et à pratiquer l'antéposition des circonstants et de l'incise, alors que l'espagnol a plutôt recours à l'intégration et à la coordination »2. Tout traducteur de l'espagnol vers le français a d'ailleurs été, un jour ou l'autre, confronté à la tentation de ne pas reproduire fidèlement la ponctuation du texte de départ et, en l'occurrence, de rajouter des virgules. Il conviendrait donc de tenir compte, lorsque l'on traduit, de ces habitudes ou préférences linguistiques, or, en dehors des brèves remarques de Belot (1987), reprises par Tricás Preckler (1995 : 182), nous disposons actuellement de peu de ressources précises sur le sujet3.
[3] À cela s'ajoute que, dans le domaine de la ponctuation, les divergences observées entre la norme et sa mise en pratique sont particulièrement importantes, au point que Dessons (1993 : 122) suggère de distinguer ponctuation de la langue (c'est-à-dire de la norme) et ponctuation du discours : « il existe deux manières d'aborder le problème de la ponctuation : en partant du préalable d'une définition ; en examinant l'état de la ponctuation dans les discours qui la manifestent ». La norme, en effet, comporte elle-même un certain flou, et ce malgré les tentatives des typographes de stabiliser de façon rigide les règles de ponctuation au 19e siècle ; c'est en tout cas ce que suggèrent certaines formulations : la règle est très fluctuante, l'usage laisse une certaine latitude dans l'emploi des signes de ponctuation, on ne met pas habituellement, la règle n'est pas absolue, etc.
[4] Ce flou concerne tout particulièrement la virgule, laquelle appartient aux signes de ponctuation dits logico-séparateurs, qui assument à la fois une fonction syntaxique et sémantique. La délimitation qu'opère la virgule est, certes, dans certains cas distinctive puisqu'elle engendre des modifications syntaxiques ou sémantiques :
(1a) | Me he vestido como me indicaron/Je me suis habillé comme on me l'a indiqué. |
(1b) | Me he vestido, como me indicaron/Je me suis habillé, comme on me l'a indiqué. |
Mais dans de nombreux cas, la virgule n'est pas distinctive et se révèle par conséquent optionnelle :
(2) | A las ocho de la mañana(,) hago deporte/À huit heures du matin(,) je fais du sport. |
Dans ce cas, la segmentation induite par la présence de la virgule est responsable de « diferencias que afectan al enfoque que se da al mensaje, a los matices expresivos que quieren transmitirse o, simplemente, a la claridad del texto » (RAE 2010 : § 3.4.2.1.2).
[5] C'est tout particulièrement dans la suite des constituants initiaux (désormais CI) que se pose le problème de la virgule lors de la traduction de l'espagnol vers le français : l'on est parfois tenté de rajouter des virgules, ce qui pourrait suggérer des tendances différentes dont on peut se demander si elles relèvent de la norme ou de l'usage.
[6] Des éléments de différentes natures peuvent constituer les CI d'une phrase :
1. | Des éléments thématisés (Moi, j'habite la campagne, En ce qui concerne la peinture, Jean a de bonnes idées) ou topicalisés (En ce qui concerne X, je l'ai vu hier)4. |
2. | Des connecteurs5, lesquels se subdivisent en trois catégories principales (Adam 2008) : les organisateurs et marqueurs textuels (alors, puis, d'abord etc.), les marqueurs de prise en charge énonciative (en d'autres termes, c'est-à-dire, etc.) et les connecteurs argumentatifs6 (cependant, mais, car, etc.). |
3. | Des adverbes dits modalisateurs, ayant pour fonction d'apporter un commentaire du locuteur sur le procès décrit par la phrase : |
- commentaire sur le degré de réalité du procès : peut-être, probablement ; | |
- commentaire axiologique (i.e apportant un jugement de valeur) : heureusement, naturellement, bizarrement, etc. | |
4. | Des adverbes de commentaire énonciatif, c'est-à-dire portant sur l'acte même de proférer la phrase : franchement, honnêtement, en résumé. |
5. | Des introducteurs de cadre (ou cadratifs) dont le rôle, selon Charolles & Vigier (2005 : 11-12), est de donner « un éclairage sur le contenu introduit, et cet éclairage induit forcément une relecture du contenu précédent comme différant de ce dernier ». Il existe deux catégories d'introducteurs de cadre, les propositions subordonnées circonstancielles (ex : Lorsqu'il eut fini, il se leva), et les adverbiaux : adverbes (demain, ici, lentement, etc.), syntagmes prépositionnels (devant lui, dans la chambre, dans trois jours, etc.), syntagmes nominaux (ce jour-là, l'an prochain). Du point de vue de la fonction grammaticale, les introducteurs de cadre sont des compléments circonstanciels (CC), c'est-à-dire des compléments non essentiels qui précisent les conditions dans lesquelles s'accomplit l'action décrite par la phrase. |
6. | Enfin des constructions détachées, selon la liste qu'en donne Combettes (2005 : 33) : subordonnées participiales (la porte (une fois) fermée, ...), infinitifs prépositionnels (avant de partir, ...), gérondifs (en arrivant, ...), participes passés ou présents (arrivé devant la porte, ..., sortant de chez lui, ...), constructions absolues (sa valise près de lui, il ...), adjectifs (furieux, il a claqué la porte) et syntagmes nominaux sans déterminant (secrétaire du comité, il ...). En dehors des deux dernières catégories7, toutes les autres ont également la fonction de CC, principalement de temps, de cause ou de manière. |
[7] Combettes (2005) ajoute que ces différents constituants se distinguent par un certain nombre de caractéristiques :
1. | Leur portée8 : certains CI, assurant le lien avec le contexte antérieur, ont une portée dite vers l'amont (cas des connecteurs) tandis que d'autres, comme les constructions détachées, ont une portée vers l'aval plus ou moins grande, pouvant « dépasser les limites de la phrase ou de la proposition » (Combettes 2005 : 31). |
2. | L'inclusion d'une prédication seconde et donc d'un sujet sous-jacent, élément qui distingue les constructions détachées (Combettes 2005 : 32-33) des autres CI. |
3. | Le degré d'intégration du CI dans la structure propositionnelle, c'est-à-dire sa liaison plus ou moins étroite avec la forme verbale principale. Ce degré de périphérie du constituant serait, selon Combettes (2005 : 31), sans effet sur la ponctuation, ce qu'il restera à vérifier. |
4. | Enfin les propriétés sémantiques du CI, lesquelles sont la plupart du temps liées au constituant lui-même. |
[8] Plutôt que de procéder à l'examen exhaustif de chacun des constituants mentionnés, ce qui excéderait les limites de ce travail, on se propose, à travers l'observation de deux traductions espagnoles d'un même ouvrage français, de mettre en évidence les catégories de CI les plus concernées par la variation présence/absence de la virgule, afin d'apporter une première réponse au problème du contraste espagnol/français dans le domaine de la ponctuation.
2 Méthodologie et résultats
[9] L'idée était de prendre pour point de départ les intuitions observées lors de notre propre pratique de traducteur et les observations qui s'étaient dégagées de la confrontation de deux traductions espagnoles de l'ouvrage Sylvie, de Gérard de Nerval (1892 [1853]) : celle de l'espagnol Lluís Maria Todó (2002), et celle du colombien Mateo Cardona Vallejo (2016). Un certain nombre d'écarts concernaient la virgule venant dans la suite des CI de la phrase, corroborant les remarques non argumentées de Belot (1987 : 419). Il s'agissait alors de vérifier ces tendances par une confrontation de la norme et de l'usage.
[10] Pour chacune des catégories de CI concernées ont ainsi été consultés un certain nombre de grammaires et ouvrages de référence9 des deux langues, dont les règles sont venues confirmer ou infirmer les tendances observées. Il convenait alors de procéder à une vérification plus systématique des usages spontanés au moyen de corpus électroniques : Frantext pour le français, CORPES pour l'espagnol. Frantext compte 5679 références, échantillonnées du 9e au 21e siècle. L'examen d'un mot ou d'un syntagme fait apparaître les résultats dans l'ordre qui a été sélectionné, croissant ou décroissant. Pour chaque CI examiné, nous avons retenu environ 200 énoncés figurant au début de la liste présentée dans l'ordre décroissant : ils correspondent globalement à la période 2005-2024. Pour l'espagnol, le choix s'est porté sur le corpus CORPES dans la mesure où il couvre lui aussi la période la plus récente (2001-2020), ce qui permet d'obtenir une image de l'usage actuel, en conformité avec l'examen effectué pour le français. Il offre par ailleurs un équilibre Espagne/Amérique de 30 % - 70 %, plus en adéquation avec la proportion de locuteurs que l'équilibre 50 % - 50 % du corpus CREA. Dans ces conditions, il était possible de faire porter les tests tant sur l'espagnol péninsulaire que sur l'espagnol de Colombie (langue de la deuxième traduction), afin de détecter une éventuelle variation diatopique. Si le CORPES ne ramenait pas un nombre suffisant de résultats pour la Colombie, alors il a été complété par le recours au CREA qui porte sur la période immédiatement antérieure.
[11] Les résultats globaux sont consignés dans le tableau suivant :
CI |
Ajout virgule |
Suppression virgule |
|||
Trad col. |
Trad esp. |
Trad col. |
Trad esp. |
||
Connecteurs |
8 |
9 |
0 |
0 |
|
Modalisateurs |
1 |
2 |
0 |
0 |
|
Introducteurs de cadres |
SP |
0 |
0 |
11 |
4 |
SN |
0 |
0 |
3 |
0 |
|
Constructions détachées |
Gérondifs |
0 |
0 |
3 |
0 |
Participes |
0 |
0 |
1 |
0 |
|
Infinitifs prépositionnels |
0 |
0 |
1 |
0 |
|
Tableau 1 : Ajouts et suppressions de virgule dans la suite des CI dans deux traductions espagnoles de Sylvie de Gérard de Nerval
De façon générale, deux catégories de CI (connecteurs et modalisateurs) sont concernés par l'ajout de virgules dans la traduction du français à l'espagnol tandis que les autres, introducteurs de cadres et constructions détachées, donnent lieu à des suppressions de virgule dans les traductions. On note aussi, bien qu'il soit difficile de l'affirmer étant donné le faible nombre d'occurrences, une différence diatopique entre l'espagnol péninsulaire et l'espagnol de Colombie dans le cas de la suppression des virgules : l'espagnol de Colombie semble moins employer la virgule après les introducteurs de cadre et les constructions détachées. Se dessinent donc plusieurs tendances, qu'il convenait de vérifier par l'observation de la norme et de l'usage.
3 Vérification des résultats
3.1 Connecteurs
[12] Deux catégories de connecteurs (annexes 8-16) ont occasionné des écarts dans la traduction du roman de Nerval : des marqueurs textuels temporels et des connecteurs argumentatifs. Les traducteurs n'ont jamais supprimé la virgule lorsque celle-ci était absente dans la suite d'un connecteur, en revanche ils ont ajouté des virgules absentes, 8 fois pour le traducteur colombien, 9 fois pour le traducteur espagnol. Est-ce à dire que les normes divergent sur ce point ?
[13] En ce qui concerne le français, aucun des trois ouvrages de référence consultés n'aborde le problème, pas plus que les différentes ressources grammaticales disponibles en ligne. Une recherche sur le web n'a donné des résultats que pour le français québécois, l'Office québécois de la langue française (OQLF) fournissant des informations précises sur la ponctuation qui accompagne les connecteurs ou charnières. Le site indique qu'on emploie « habituellement la virgule double pour marquer la présence d'une charnière, notamment entre le sujet et le verbe » (OQLF 2014) mais que lorsque la charnière est placée en début de phrase, seule la première virgule est omise. La seconde virgule reste donc obligatoire, ainsi que l'illustre l'exemple suivant : Je l'avais prévenue que ce serait émouvant. Cependant, elle n'avait pas compris à quel point ce le serait.
[14] Pour l'espagnol, seule la Real Academia Española (RAE) donne quelques indications qui suggèrent que la présence de la virgule est obligatoire dans ce cas : « Cuando aparecen al comienzo de la secuencia sobre la que inciden (subrayada en los ejemplos), los conectores (en versalita) van seguidos de coma [...]» (RAE 2010 : § 3.4.2.2.5). Le paragraphe suivant évoque néanmoins la possibilité de ne pas employer la virgule pour davantage de fluidité :
Siempre que no se produzcan ambigüedades en la interpretación de los enunciados, es también posible en estos casos suprimir las dos comas que enmarcan el conector, pues con ello se da mayor fluidez al escrito, evitando la excesiva fragmentación del discurso: Sufría una lesión, pero CON TODO Y CON ESO llegó el primero.
Au total, donc, c'est en espagnol et non en français que l'emploi de la virgule après les connecteurs serait le plus libre, ce que semble infirmer l'observation des traductions. Il convenait donc de le vérifier dans l'usage, ce qui a été réalisé sur Frantext et CORPES pour les connecteurs cependant/sin embargo, d'ailleurs/por cierto, puis/luego, pendant ce temps/mientras tanto et alors/entonces. Ont été écartés du calcul tous les énoncés où les connecteurs sont suivis d'un autre complément apposé lequel, logiquement, doit être encadré de deux virgules. Parmi tous les énoncés contenant alors/entonces, n'ont été également retenus que ceux dans lesquels ces adverbes jouaient un rôle de connecteur logique, avec une valeur consécutive, et non ceux où ils jouent un rôle d'introducteur de cadre à valeur temporelle :
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
pendant ce temps(-là)/mientras tanto |
Avec virgule |
190 (83 %) |
210 (79,2 %) |
200 (87 %) |
Sans virgule |
39 (17 %) |
55 (20,8 %) |
30 (13 %) |
|
Tableau 2 : Emploi de la virgule dans la suite des connecteurs pendant ce temps(-là)/mientras tanto
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
cependant/sin embargo |
Avec virgule |
93 (45,4 %) |
188 (83,9 %) |
203 (94,4 %) |
Sans virgule |
112 (54,6 %) |
36 (16,1 %) |
12 (5,6 %) |
|
Tableau 3 : Emploi de la virgule dans la suite des connecteurs cependant/sin embargo
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
d'ailleurs/por cierto |
Avec virgule |
171 (80,6 %) |
76 (93,8 %) |
200 (95,2 %) |
Sans virgule |
41 (19,4 %) |
5 (6,2 %) |
10 (4,8 %) |
|
Tableau 4 : Emploi de la virgule dans la suite des connecteurs d'ailleurs/por cierto
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
alors/entonces |
Avec virgule |
97 (44,7 %) |
67 (31,6 %) |
68 (28,9 %) |
Sans virgule |
120 (55,3 %) |
145 (68,4 %) |
167 (71,1 %) |
|
Tableau 5 : Emploi de la virgule dans la suite des connecteurs alors/entonces
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
puis/luego |
Avec virgule |
4 (2 %) |
32 (13 %) |
30 (12,7 %) |
Sans virgule |
200 (98 %) |
215 (87 %) |
206 (87,3 %) |
|
Tableau 6 : Emploi de la virgule dans la suite des connecteurs puis/luego
Le fait que les ouvrages de référence du français n'évoquent pas le cas des connecteurs en position initiale tient peut-être au fait que l'usage de la virgule est très fluctuant dans cette langue, ainsi que le révèle l'examen des corpus. De fait, deux des connecteurs considérés (cependant et alors) montrent une alternance presque régulière entre présence et absence de virgule, avec une très légère préférence pour l'absence de virgule. Deux autres connecteurs, d'ailleurs et pendant ce temps montrent une nette préférence pour l'emploi de la virgule. Enfin le connecteur le plus bref (puis), monosyllabique, est, dans une écrasante majorité des cas, employé sans virgule en position initiale :
(3) | Desmurs P., Ma théorie sur les pères et les cosmonautes, 2022, p. 162, Frantext |
Puis avec un cure-dents j'ai strié ses vêtements. |
[15] En espagnol, les résultats ne sont pas non plus uniformes, conformément à ce que laissait supposer la formulation de la norme. Trois connecteurs (sin embargo, por cierto, mientras tanto) sont, dans une écrasante majorité des cas, suivis d'une virgule en position initiale. Deux connecteurs (luego, entonces) montrent des proportions inversées. Par ailleurs la variation diatopique suggérée par les résultats globaux s'observe effectivement dans le domaine des connecteurs : lorsque la virgule est absente, elle l'est toujours dans de plus grandes proportions en Colombie, sauf dans un cas (connecteur entonces).
3.2 Modalisateurs
[16] Le traducteur espagnol du roman de Nerval a ajouté à deux reprises (annexes 15-16) la virgule dans la suite de l'adverbe de commentaire axiologique afortunadamente lorsque le traducteur colombien ne l'a ajoutée qu'une seule fois. Aucune virgule présente dans le texte de départ n'a été supprimée par les traducteurs dans la suite des modalisateurs.
[17] Pour le français, seul Drillon (1991 : 241) aborde le cas général des adverbes antéposés, sans faire de différence entre les différents types d'adverbes : « Si l'on veut insister sur l'adverbe, on le fera suivre d'une virgule ; si l'on ne désire pas mettre l'accent sur lui, on l'enchaînera directement ».
[18] En espagnol, la virgule serait employée plus systématiquement qu'en français, si l'on en croit RAE (2010 : § 3.4.2.2.2.5) : « Se escribe coma detrás de muchos adverbios y de grupos y locuciones adverbiales y preposicionales que afectan o modifican a toda la oración, y no solo a uno de sus elementos. Son expresiones de muy diverso tipo […]».
[19] Afin de vérifier ce qu'il en était réellement dans l'usage, nous avons soumis à l'étude des corpus électroniques les adverbes de commentaire axiologique heureusement/afortunadamente, naturellement/naturalmente, évidemment/evidentemente, et l'adverbe modalisateur d'assertion effectivement/efectivamente :
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
heureusement/afortunadamente |
Avec virgule |
193 (68,4 %) |
80 (32,8 %) |
183 (62 %) |
Sans virgule |
89 (31,6 %) |
164 (67,2 %) |
112 (38 %) |
|
Tableau 7 : Emploi de la virgule dans la suite des modalisateurs heureusement/afortunadamente
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
naturellement/naturalmente |
Avec virgule |
162 (71 %) |
64 (68,8 %) |
177 (83,9 %) |
Sans virgule |
66 (29 %) |
29 (31,2 %) |
34 (16,1 %) |
|
Tableau 8 : Emploi de la virgule dans la suite des modalisateurs naturellement/naturalmente
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
évidemment/evidentemente |
Avec virgule |
221(79,8 %) |
27 (39,1 %) |
169 (60,6 %) |
Sans virgule |
56 (20,2 %) |
42 (60,9 %) |
110 (39,4 %) |
|
Tableau 9 : Emploi de la virgule dans la suite des modalisateurs évidemment/evidentemente
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
effectivement/efectivamente |
Avec virgule |
190 (84,8 %) |
53 (60,9 %) |
205 (79,5 %) |
Sans virgule |
34 (15,2 %) |
34 (39,1 %) |
53 (20,5 %) |
|
Tableau 10 : Emploi de la virgule dans la suite des modalisateurs effectivement/efectivamente
Se dessine pour le français une tendance très nette puisque les deux adverbes modalisateurs examinés sont majoritairement suivis d'une virgule. L'absence de virgule reste néanmoins possible et survient dans une proportion non négligeable de cas (de 15 % à 30 % des cas environ). L'espagnol offre quant à lui un cas de variation diatopique. En espagnol péninsulaire, les proportions sont sensiblement les mêmes qu'en français : la présence de la virgule est toujours majoritaire, bien que dans des proportions parfois légèrement moindres qu'en français. En espagnol de Colombie, les résultats sont contrastés : la présence de virgule est majoritaire dans le cas des adverbes naturalmente et efectivamente. Pour les deux autres adverbes, c'est l'absence de virgule qui domine. Cependant, même lorsque la présence de la virgule est majoritaire, c'est dans une proportion toujours moindre qu'en français et qu'en espagnol péninsulaire.
[20] On remarque donc une certaine adéquation entre l'usage et la norme française, laquelle évoquait deux possibilités (absence ou présence de virgule) en fonction de l'insistance qui était mise ou non sur l'adverbe. En espagnol, en revanche, l'usage entre en contradiction avec une norme qui suggérait un emploi systématique de la virgule : non seulement l'emploi de la virgule n'est pas systématique (la proportion d'absence de virgule approche parfois les 40 % en espagnol péninsulaire) mais la norme ne prend pas en compte une éventuelle variation diatopique que les études ont révélée. En espagnol de Colombie, les proportions varient en fonction du type d'adverbe et avec certains d'entre eux, c'est l'absence de virgule qui prédomine.
3.3 Compléments circonstanciels
[21] Les introducteurs de cadres et les constructions détachées ont été regroupés dans la catégorie des CC. Ceux qui ont fait l'objet d'écarts dans les traductions ont en effet cette fonction, et c'est relativement à cette fonction qu'est envisagée la présence de la virgule dans les ouvrages de référence.
[22] Pour le français, Grevisse & Goosse (2001 : 160) expliquent que
Lorsque le complément adverbial est placé en tête de la phrase ou de la proposition, il est souvent suivi d'une virgule, surtout s'il a la forme d'une proposition : Dans les champs, c'était une terrible fusillade. […] S'il pensait me mortifier par cette pratique, il y a pleinement réussi (Duhamel, Cri des profondeurs, p. 31).
Il ajoute néanmoins que cet usage n'est pas toujours suivi ; « en particulier, la virgule n'est pas nécessaire si le complément est très court ou s'il y a inversion du sujet (et surtout si ces deux conditions sont réalisées simultanément) » (Grevisse & Goosse 2001 : 161), comme dans Alors nous réentendrions la voix qui ne se confond avec aucune autre voix ou Là s'étalait jadis une ménagerie.
[23] Drillon (1991 : 244) avance à peu de chose près les mêmes arguments : « Comme nous l'avons dit, un complément circonstanciel antéposé est fréquemment suivi d'une virgule […]. Mais cela est discutable. Si la proposition est courte, la virgule est souvent superflue ». Drillon (1991) évoque également la possibilité de supprimer la virgule si le verbe suit immédiatement le CC.
[24] Bien que le français tende à employer la virgule après un CC antéposé, la norme française est donc caractérisée par un certain flou que suggèrent les adverbes souvent, fréquemment ainsi que la précision Mais cela est discutable. L'absence de virgule, possible, s'expliquerait avant tout par des contraintes syntaxiques.
[25] La norme espagnole dans RAE (2010 : § 3.4.2.2.2.3) offre un certain nombre de similitudes avec la norme française :
Como regla general, los complementos circunstanciales pueden aparecer delimitados por coma cuando preceden al verbo. La mayoría de estas comas son opcionales, pero su presencia es útil para aclarar la jerarquización de los miembros del enunciado y, consecuentemente, para facilitar su interpretación. La presencia o ausencia de comas en estos contextos es lo que define que un estilo de escritura se considere trabado o suelto. No obstante, hay factores de diverso tipo que favorecen la escritura de coma para delimitar los complementos circunstanciales antepuestos, como la longitud y complejidad del complemento, su carácter más o menos periférico con respecto al verbo o la intención de quien escribe.
Le caractère non systématique voire optionnel de la virgule s'explique pour des raisons comparables à celles invoquées en français (longueur et complexité du complément), mais également pour des raisons de clarté, des raisons stylistiques ou pragmatiques (intention du locuteur).
[26] Pour observer ce qu'il en est dans l'usage, nous avons distingué les introducteurs de cadres et les constructions détachées afin de vérifier si la nature grammaticale des CC influençait en quelque manière la ponctuation.
3.3.1 Introducteurs de cadres
[27] Seuls deux types d'introducteurs de cadres ont fait l'objet d'écarts dans les traductions, des syntagmes prépositionnels (SP) et des syntagmes nominaux (SN). L'écart s'est toujours fait dans le sens d'une suppression de la virgule : 11 suppressions chez le traducteur colombien, 4 suppressions chez le traducteur espagnol dans la suite d'un SP ; 3 suppressions chez le traducteur colombien, aucune suppression chez le traducteur espagnol dans la suite d'un SN. Aucun ajout de virgule n'a été observé après un introducteur de cadre.
3.3.1.1 Syntagmes prépositionnels
[28] Les énoncés reportés en annexe (19-29) montrent une grande variété de syntagmes prépositionnels en position initiale, avec une fonction de CC à valeur temporelle ou spatiale. Il n'était évidemment pas question d'examiner tous les SP rencontrés, d'autant plus que la plupart, trop spécifiques, ne ramenaient pas sur les corpus un nombre suffisant d'énoncés. Ont donc été sélectionnés quelques SP fréquents ou formulés de façon plus générale : à ce moment-là/en ese/aquel momento, à la fin de + N/al final de + N, dans la + N/en la + N. Les résultats sont consignés dans les tableaux suivants :
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
à ce moment-là/en ese momento |
Avec virgule |
175 (82,5 %) |
38 (17,2 %) |
82 (35,8 %) |
Sans virgule |
37 (17,5 %) |
183 (82,8 %) |
147 (64,2 %) |
|
Tableau 11 : Emploi de la virgule dans la suite des SP à ce moment-là/en ese momento
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
à la fin de + N/al final de + N |
Avec virgule |
220 (94 %) |
94 (54,6 %) |
90 (44,6 %) |
Sans virgule |
14 (6 %) |
78 (45,4 %) |
112 (55,4 %) |
|
Tableau 12 : Emploi de la virgule dans la suite des SP à la fin de + N/al final de + N
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
dans la + N/en la + N |
Avec virgule |
222 (90,2 %) |
55 (27,6 %) |
50 (22,8 %) |
Sans virgule |
24 (9,7 %) |
144 (72,4 %) |
169 (77,2 %) |
|
Tableau 13 : Emploi de la virgule dans la suite des SP dans la + N/en la + N
La tendance est ici particulièrement nette : là où le français emploie de façon écrasante la virgule après un introducteur de cadre de type SP placé en tête de phrase, l'espagnol opte majoritairement pour l'absence de virgule, avec quelques nuances néanmoins : seul le SP à la fin de + N/al final de + N montre une concurrence entre présence et absence de virgule, dans des proportions relativement similaires, mais inversée selon que l'on considère l'Espagnol péninsulaire ou l'espagnol de Colombie. Quoi qu'il en soit de ces nuances, la présence de la virgule n'est jamais l'option nettement majoritaire en espagnol. Norme et usage concordent donc puisque les ouvrages de référence évoquaient une virgule optionnelle. On note cependant que la longueur du complément n'est pas un motif systématique d'emploi de la virgule puisque l'absence de virgule est l'option majoritaire en espagnol, même dans le cas de CC longs :
(4) | Lázaro Lázaro, E., Escarmís Homs C., Virus emergentes. La amenaza oculta, 2002, CORPES |
Al final de la primera semana de infección se produce una mejoría general que puede indicar una recuperación final. |
3.3.1.2 Syntagmes nominaux
[29] Quatre syntagmes nominaux (annexes 29-32) ont fait l'objet d'écarts dans le roman de Nerval. Si l'examen du SN un matin a ramené un grand nombre de cas, l'examen des autres, en revanche, ne fournissait pas d'énoncés assez nombreux, raison pour laquelle nous avons retenu deux syntagmes similaires mais plus fréquents : un an plus tard/un año después, ce jour-là/aquel día. Les résultats sont consignés dans les tableaux suivants :
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
un matin/una mañana |
Avec virgule |
180 (87,8 %) |
22 (25,6 %) |
60 (28,6 %) |
Sans virgule |
25 (12,2 %) |
64 (74,4 %) |
150 (71,4 %) |
|
Tableau 14 : Emploi de la virgule dans la suite des SN un matin/una mañana
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
un an plus tard/un año después |
Avec virgule |
124 (86,1 %) |
45 (49,5 %) |
121 (50 %) |
Sans virgule |
20 (13,9 %) |
46 (50,5 %) |
121 (50 %) |
|
Tableau 15 : Emploi de la virgule dans la suite des SN un an plus tard/un año después
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
ce jour-là/aquel día |
Avec virgule |
195 (90,3 %) |
26 (41,9 %) |
85 (38,3 %) |
Sans virgule |
21 (9,7 %) |
36 (58,1 %) |
137 (61,7 %) |
|
Tableau 16 : Emploi de la virgule dans la suite des SN ce jour-là/aquel día
Les résultats obtenus sont sensiblement les mêmes qu'avec un SP : dans une écrasante majorité des cas, le français fait suivre le complément d'une virgule là où l'espagnol montre une préférence soit légère, soit nette, pour l'absence de virgule. On note que, contrairement à ce qu'indique la norme, la brièveté du complément n'induit pas en français une absence plus fréquente de la virgule ; c'est en effet avec le groupe nominal le plus bref (ce jour-là) que la virgule est le plus souvent présente.
[30] Enfin la variation diatopique n'apparaît pas clairement ici puisque les 3 cas de figure sont représentés : mêmes proportions, absence de virgule supérieure en espagnol péninsulaire, absence de virgule supérieure en espagnol de Colombie.
3.3.2 Constructions détachées
3.3.2.1 Gérondifs
[31] Trois gérondifs sont concernés, dans les traductions, par la modification de la ponctuation (annexes 33-35). Les deux derniers ne ramenaient pas un nombre suffisant d'énoncés dans les corpus, raison pour laquelle, en plus du gérondif en sortant, a été retenu pour cette étude le gérondif en arrivant, beaucoup plus fréquent :
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
en sortant/al salir |
Avec virgule |
200 (85,5 %) |
113 (44 %) |
139 (52,8 %) |
Sans virgule |
29 (14,5 %) |
144 (56 %) |
124 (47,2 %) |
|
Tableau 17 : Emploi de la virgule dans la suite des gérondifs en sortant de/al salir de
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
en arrivant/al llegar |
Avec virgule |
228 (84,5 %) |
152 (55,1 %) |
125 (55,8 %) |
Sans virgule |
42 (15,5 %) |
124 (44,9 %) |
99 (44,2 %) |
|
Tableau 18 : Emploi de la virgule dans la suite des gérondifs en arrivant/al llegar
Les deux gérondifs offrent des résultats comparables. En français la virgule est très majoritairement présente, tandis qu'en espagnol, présence et absence de la virgule se font concurrence, dans des proportions légèrement variables : légère préférence pour l'emploi de la virgule dans le cas de al llegar, tant en espagnol péninsulaire qu'en espagnol de Colombie ; légère variation diatopique dans le cas de al salir, avec préférence pour l'absence de virgule en espagnol de Colombie, préférence pour la présence de la virgule en espagnol péninsulaire.
3.3.2.2 Infinitifs prépositionnels
[32] Une seule construction de ce type, pour se rendre à + N/para llegar a + N a occasionné dans les traductions un écart (annexes 36). L'étude a donc été réalisée sur cet infinitif prépositionnel, de même que sur un second, avant de + inf./antes de + inf., également très fréquent dans la mesure où nous avons accepté tout type de verbe à l'infinitif dans sa suite :
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
pour se rendre à + N/para llegar a + N |
Avec virgule |
190 (94 %) |
46 (35,4 %) |
100 (47,6 %) |
Sans virgule |
12 (6 %) |
84 (64,6 %) |
110 (52,4 %) |
|
Tableau 19 : Emploi de la virgule dans la suite des infinitifs prépositionnels pour se rendre à + N/para llegar a + N
Français |
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
avant de + inf./antes de + inf. |
Avec virgule |
200 (98,5 %) |
125 (62,5 %) |
156 (67,5 %) |
Sans virgule |
3 (1,5 %) |
75 (37,5 %) |
75 (32,5 %) |
|
Tableau 20 : Emploi de la virgule dans la suite des infinitifs prépositionnels avant de + inf./antes de + inf.
Les résultats sont ici uniformes pour le français puisque dans une écrasante majorité des cas, les infinitifs prépositionnels sont suivis d'une virgule. L'espagnol opte pour l'absence de virgule dans un cas, la présence de la virgule dans l'autre mais dans les deux cas, la proportion de virgules absentes est toujours très supérieure à celle qui se dégage en français. La virgule peut d'ailleurs être absente en espagnol, même dans le cas d'un CC long :
(5) | Muñoz Molina, A., Sefarad. Una novela de novelas, 2001, CORPES |
Antes de entrar en el dormitorio y ver abiertas de par en par las puertas del armario ya había tenido una corazonada de alarma. |
4 Analyse des résultats
[33] L'examen des normes française et espagnole a mis en évidence une série de facteurs pouvant influencer la présence ou l'absence de virgule dans la suite des CI.
[34] Pour les adverbes (CC ou modalisateurs), la norme française évoque un facteur pragmatique (volonté d'insistance ou non sur le constituant initial). Pour les CC, elle mentionne la longueur du constituant, sans préciser si la raison en est prosodique (rythme de la phrase) ou syntactico-sémantique (souligner le rôle du CC ou faciliter la compréhension de la phrase).
[35] S'agissant des connecteurs, la norme espagnole subordonne le facteur syntactico-sémantique (clarté et intelligibilité du discours) au facteur stylistique : pourvu qu'elle ne mette pas en péril la compréhension du message, l'absence de virgule est préférée pour des raisons de fluidité du discours. Dans la suite des CC, la virgule est présentée comme optionnelle, le choix relevant de préoccupations stylistiques également. Les facteurs qui peuvent néanmoins justifier son emploi sont d'ordre syntactico-sémantique (faciliter l'interprétation de l'énoncé si le CC est long), pragmatique (volonté d'insistance sur le CC) mais aussi discursif (degré d'intégration faible du CC par rapport au verbe principal). Enfin la norme espagnole indique que la présence de la virgule est obligatoire dans la suite des modalisateurs, sans invoquer de raison.
[36] L'examen des corpus électroniques a confirmé dans l'usage les divergences présentes dans la norme, tout en mettant en évidence des disparités non mentionnées.
[37] La ponctuation des connecteurs en position initiale s'avère être le lieu d'une grande fluctuation : certains connecteurs occasionnent des proportions similaires dans les deux langues, tantôt favorables à la présence de virgule (cas de pendant ce temps/mientras tanto), tantôt favorables à son absence (cas de puis/luego). Dans d'autres cas (cependant/sin embargo, d'ailleurs/por cierto), la virgule est plus fréquemment présente en espagnol qu'en français.
[38] Bien que la norme ne donne aucune indication sur ce point, il semble que la longueur du connecteur ait une influence en français : un connecteur bref (puis) est majoritairement construit sans virgule tandis qu'un connecteur long (pendant ce temps-là) est très majoritairement suivi d'une virgule. Une certaine fluctuation caractérise les connecteurs de longueur intermédiaire (alors, d'ailleurs, cependant), ce qui induit à penser que d'autres facteurs interviennent. Le facteur stylistique, en particulier prosodique, explique indéniablement un certain nombre de cas d'absence de virgule :
(6) | Garat A-M., Humeur noire, 2021, p. 181, Frantext |
C'est dire si cet insalubre quartier de misères populaires est aussi le concentré des fortunes du négoce bordelais. Cependant ce n'est qu'à la fin du 19e siècle, et tout au long du suivant, que ce vaste périmètre des Chartrons et de Bacalan connaît quelque amélioration. |
La présence d'une virgule après le connecteur contribuerait en effet à alourdir et à hacher la phrase, déjà ponctuée de deux virgules par la présence d'un CC de temps en incise.
[39] Rappelons également que par rapport aux autres CI, les connecteurs présentent la particularité d'avoir une portée exclusivement vers l'amont (Combettes 2005 : 31), ce qui implique que lorsqu'ils surviennent, ils obligent le récepteur du discours à réévaluer sous un certain angle sémantique le co-texte antérieur. Étant sans lien avec la forme verbale principale, ils ont par ailleurs un degré de périphérie élevé. Ces deux éléments pourraient expliquer la présence fréquente de la virgule, laquelle matérialiserait la rupture avec la proposition qui vient dans sa suite. Choisir de ne pas employer la virgule aurait au contraire pour effet d'atténuer la présence du connecteur et, par conséquent, l'aspect argumentatif du raisonnement :
(7) | Loti P., Le roman d’un enfant, 1890, p. 128, Frantext |
Mais on trouva, après réflexion, que j'étais une petite plante trop délicate et trop rare pour subir le contact de ces autres enfants, qui pouvaient avoir des jeux grossiers, de vilaines manières ; on conclut donc à me garder encore. Cependant je fus délivré de M. Ratin. Un bon vieux professeur, à figure ronde, lui succéda, - qui me déplaisait moins, mais avec lequel je ne travaillais pas davantage. |
L'absence de virgule permet à la phrase de se dérouler sans que la lecture ne s'arrête ni sur le connecteur, ni même sur le co-texte immédiatement subséquent (Je fus délivré de M. Ratin), mais bien plutôt sur ce qui vient dans la suite (Un bon vieux professeur ...). Il conviendrait évidemment d'approfondir ces quelques observations par une analyse systématique du co-texte en amont et en aval du connecteur dans un plus grand nombre d'énoncés.
[40] En espagnol, chaque connecteur semble associé à un comportement différent : por cierto, sin embargo et mientras tanto sont dans une majorité écrasante de cas suivis d'une virgule alors que luego ou entonces, qui comporte le même nombre de syllabes que por cierto, sont majoritairement construits sans virgule. On peut imaginer que des habitudes de ponctuation se soient progressivement constituées et que tel connecteur ait, dans l'usage, fini par être associé ou non à l'emploi de la virgule, ce que cette recherche ne permet pas d'apprécier étant donné qu'elle prend en compte une période restreinte (les deux premières décennies du 21e siècle). Lorsqu'un connecteur est, dans une écrasante majorité de cas suivi d'une virgule, l'on s'aperçoit que l'absence de virgule s'explique essentiellement par des raisons stylistique ou pragmatique. Dans l'exemple suivant extrait d'un roman espagnol :
(8) | Martínez Reverte, J., Gálvez en la frontera, 2001, CORPES |
Pero esa posibilidad excesiva...Intenté borrarla de mi cabeza, eliminarla del catálogo. Sin embargo la marcha de Takako, la violencia conque fue expulsada, su silencio amedrentado, la exhibición de medios de los chinos...¿Qué pintaban los chinos ? |
l'accumulation de syntagmes nominaux dans la suite du connecteur rend peu judicieuse une virgule qui, isolant le connecteur, le mettrait sur le même plan que les SN subséquents.
[41] Dans cet autre exemple également extrait d'un roman espagnol, c'est sans doute le facteur pragmatique qui explique l'absence de virgule :
(9) | Criado, A., El ruido de las miradas, 2001, CORPES |
Pero mucho me temo que no estoy soñando. Hace como hora y media que me levanté, voy, muy a pesar mío, a trabajar después de haber perdido tres cuartos de hora dedidiendo qué ropa ponerme, y no tengo más tiempo que perder a estas horas con historias de abducciones y de terror. Sin embargo estoy aterrada, y no sé si me asusta más que sea el mismo tipo las tres veces, o que sea uno distinto pero a mí me parezca el mismo, porque entonces lo que pasa es que me he vuelto loca. |
En isolant le connecteur, la virgule aurait pour effet d'attirer l'attention sur lui, donc sur le mécanisme concessif lui-même. L'absence de virgule permet au contraire d'attirer l'attention sur ce qui vient dans la suite du connecteur, ici la périphrase estoy aterrada, c'est-à-dire sur l'événement rendu possible par le caractère inopérant de l'obstacle mentionné. La périphrase verbale est d'ailleurs elle-même suivie d'une virgule non nécessaire qui arrête la lecture, preuve qu'un accent particulier est mis sur elle.
[42] Pour les modalisateurs, les proportions sont relativement similaires en français et en espagnol péninsulaire, avec prédominance de la virgule. Le facteur pragmatique invoqué par la norme française n'est sans doute pas l'unique facteur en jeu. Adverbes d'un type particulier puisqu'ils 'affectent' l'ensemble de la phrase, les modalisateurs présentent un très faible degré d'intégration avec la forme verbale principale. Ce caractère périphérique par rapport au verbe pourrait expliquer la fréquente séparation de ces CI du reste de la phrase au moyen de la virgule. Resterait à le vérifier en observant le comportement d'autres adverbes : adverbes de commentaire énonciatif présentant le même caractère périphérique, adverbes CC présentant au contraire un degré d'intégration élevé avec la forme verbale principale.
[43] C'est finalement dans la suite des compléments circonstanciels qu'apparaissent les divergences les plus nettes : majoritairement présente en français, la virgule l'est moins fréquemment en espagnol dans la suite des CC.
[44] Les restrictions à l'emploi de la virgule en français s'expliqueraient par les dimensions du CC, ce qui s'applique donc également aux adverbes ayant cette fonction. L'observation de l'usage confirme cette tendance : des CC courts, comme un matin, sont un peu moins fréquemment suivis de virgules (87 %) que des CC plus longs, du type pour se rendre à + N ou avant de + inf. (94 % et 98 % respectivement). L'examen d'un adverbe encore plus bref, demain, absent du texte de Nerval, a montré des résultats qui confirment cette tendance, bien que la présence de la virgule demeure largement majoritaire (ici dans 73 % des cas). Il ne semble pas que la complexité du CC due à la présence d'un verbe, donc d'une prédication seconde, ait une influence en français puisque les proportions sont sensiblement les mêmes pour les introducteurs de cadre et pour les constructions détachées.
[45] En espagnol, l'utilisation de la virgule dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels le critère stylistique semble prédominer. Ainsi, même des CC longs, susceptibles de compliquer la compréhension immédiate de la phrase, peuvent ne pas être suivis d'une virgule. Les rares cas où la virgule apparaît pourraient s'expliquer par deux raisons : une volonté d'insistance sur le CC (facteur pragmatique) ou la portée de ce dernier, hypothèse qui mériterait une analyse approfondie des énoncés du corpus. Seuls ont été examinés ici des CC de type temporel ou spatial, dont la portée vers l'aval peut être plus ou moins grande. Or, il semble exister une corrélation entre cette portée et la présence ou l'absence de virgule, comme l'illustrent les exemples suivants extraits de romans espagnols :
(10) | García Morales, A., El testamento de Regina, 2001, CORPES |
Una mañana Regina no se levantó de la cama. Antonia subió a su dormitorio para llevarle el desayuno, ya tarde, pero ella dijo que carecía de apetito. La tos la despertaba a cada momento, apena había dormido y le pesaba todo el cuerpo; además se hallaba muy mareada, apenas tenía fuerzas para moverse y sentía frío. Le tomé la temperatura y el termómetro marcaba algo más de treinta y nueve grados y medio. Avisé a su médico de cabecera, que le diagnosticó una neumonía como consecuencia de une bronquitis mal curada. Era necesario ingresarla en un hospital, ante lo que Regina sentía un horror ostensible. Sin embargo, pese a su resistencia, a las cuatro de la tarde ya se hallaba instalada en la habitación de una clínica. | |
| |
(11) | Casavella, F., Los juegos feroces, 2002, CORPES |
Una mañana, mi madre estaba tendiendo la ropa en nuestro « jardín ». Debía de hacer mucho tiempo que había mierto mi padre, porque recuerdo la escena con claridad, y de la muerte de mi padre sólo evoco un llanto desgarrado en algún sitio y muchos ojos, enormes, atentos a mi reacción. Yo me esfuerzo por fingir que no entiendo lo que, en verdad, no entiendo. Mi memoria se impregnaba en ocasiones de vagas resonancias de la presencia de mi padre (…). |
Dans l'énoncé 10, la portée du CC de temps una mañana s'étend sur plusieurs phrases, jusqu'à un horror ostensible, puisqu'un autre moment de la journée n'est évoqué que dans la phrase suivante, lorsque le groupe prépositionnel a las cuatro de la tarde intervient. Cette portée relativement grande du CC s'accompagne de l'absence de virgule. En revanche, dans l'énoncé 11, où le CC est suivi d'une virgule, sa portée est limitée à la seule phrase dans laquelle il apparaît, car dès la phrase suivante, l'attention se déporte sur les réflexions du narrateur concernant la mort de son père. Il conviendrait donc de valider ces observations par l'analyse d'un échantillon plus vaste d'énoncés comportant des CC temporels ou spatiaux en position initiale.
[46] Il serait également pertinent d'appliquer cette analyse aux CC de manière, dont la portée vers l'aval est toujours restreinte, puisqu'ils modifient uniquement le prédicat d'action qui les suit (Combettes 2005 : 34). En effet, l'examen de l'adverbe lentamente et de la locution adverbiale de repente produit les résultats suivants, où l'on note que l'écart entre la présence et l'absence de virgule se réduit de manière significative :
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
Lentamente |
Avec virgule |
13 (35,1 %) |
68 (49,3 %) |
Sans virgule |
24 (64,9 %) |
70 (50,7 %) |
|
Tableau 21 : Emploi de la virgule dans la suite de l'adverbe de manière lentamente
Espagnol colombien |
Espagnol péninsulaire |
||
De repente |
Avec virgule |
205 (49,4 %) |
115 (48,9 %) |
Sans virgule |
210 (50,6 %) |
120 (51,1 %) |
|
Tableau 22 : Emploi de la virgule dans la suite de la locution adverbiale de manière de repente
L'examen d'énoncés contenant des constructions détachées, lesquelles présentent elles aussi un lien plus ou moins étroit avec la forme verbale principale, pourrait venir à l'appui de cette analyse.
5 Conclusions
[47] Au total, l'examen des normes et de l'usage met en lumière la complexité du problème de la ponctuation des CI en français et en espagnol, tout en révélant des préférences linguistiques propres à chaque langue : une tendance générale du français à la hiérarchisation et à la segmentation des différents membres de la phrase, ce qu'il conviendrait de vérifier en appliquant l'analyse à d'autres CI non examinés ici ; une prédominance globale du facteur stylistique (fluidité du discours) en espagnol, dès lors que le CI présente un certain degré d'intégration avec la forme verbale principale.
[48] L'examen a également révélé, bien que de façon non systématique, une variation diatopique entre l'espagnol péninsulaire et l'espagnol colombien puisque l'emploi de la virgule est encore moins fréquent chez ce dernier dans la suite des CI. Il pourrait être intéressant d'approfondir ce constat en étendant l'analyse à d'autres CI, ainsi qu'à d'autres variétés diatopiques de l'espagnol.
[49] Enfin, il apparaît que la dimension diachronique ne constitue pas un facteur décisif, dans la mesure où les dates de publication des ouvrages grammaticaux consultés coïncident globalement avec celles des corpus dont sont extraits les énoncés analysés. Seuls les travaux de Wagner & Pinchon (1962), de Drillon (1991) et de Riegel, Pellat & Rioul (1994) précèdent légèrement la période étudiée. Toutefois, les divergences observées entre la norme et l'usage ne se limitent pas au français, mais concernent également l'espagnol. Il serait cependant pertinent d'examiner plus en détail le genre des textes dont sont tirés les énoncés, car la transposition de l'oralité dans des romans contemporains pourrait expliquer une utilisation plus souple de la ponctuation.
[50] Ces perspectives ouvrent donc la voie à de futurs travaux qui, nous l'espérons, permettront de mieux comprendre les préférences linguistiques propres au français et à l'espagnol dans le domaine de la ponctuation.
Abréviations et références bibliographiques
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Beauzée 1765 = Nicolas Beauzée 1765. La ponctuation. Denis Diderot, Jean Le Rond d'Alembert, Louis de Jaucourt (éds.). Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Tome 13. Samuel Faulche, 15-24.
Belot 1987 = Albert Belot 1987. Emploi et densité des virgules. Hélène Chuquet, Michel Paillard (éds.). Approche linguistique des problèmes de traduction anglais-français. Ophrys, 419-420.
Cardona Vallejo 2016 = Gérard de Nerval 2016. Sylvie. Recuerdos del Valois. Traducción de Mateo Cardona Vallejo. Idartes. https://idartesencasa.gov.co/sites/default/files/libros_pdf/121.%20Sylvie%2C%20recuerdos%20del%20Valois.pdf.
Catach 2010 = Nina Catach 2010. La ponctuation. 2e édition. Presses universitaires de France.
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Charolles 1988 = Michel Charolles 1988. Les plans d'organisation textuelle. Périodes, chaînes, portées et séquences. Pratiques 57, 3-13. https://www.persee.fr/doc/prati_0338-2389_1988_num_57_1_1468.
Charolles & Vigier 2005 = Michel Charolles, Denis Vigier 2005. Les adverbiaux en position préverbale : portée cadrative et organisation des discours. Langue française 148, 9-30. https://www.persee.fr/doc/lfr_0023-8368_2005_num_148_4_6604.
CI = Constituant initial.
Colignon 2004 = Jean-Pierre Colignon 2004. Un point c'est tout ! La ponctuation efficace. 3e édition. Victoire.
Combettes 2005 = Bernard Combettes 2005. Les constructions détachées comme cadres de discours. Langue française 148, 31-44. https://www.persee.fr/doc/lfr_0023-8368_2005_num_148_4_6605.
Combettes & Prévost 2001 = Bernard Combettes, Sophie Prévost 2001. Evolution des marqueurs de topicalisation. Cahiers de praxématique 37, 103-124. https://journals.openedition.org/praxematique/230.
CORPES = Real Academia Española (éd.) 2024. Corpus del español del siglo XXI (CORPES). Version 1.2. https://www.rae.es/corpes/corpes1.2/.
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Demanuelli 1987 = Claude Demanuelli 1987. Points de repère. Approche interlinguistique de la ponctuation français-anglais. Université de Saint-Étienne.
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OQLF 2014 = Office québécois de la langue française 2014. Vitrine linguistique. https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/23411/la-ponctuation/virgule/la-virgule-et-les-charnieres.
Ponge 2011 = Myriam Ponge 2011. Pertinence linguistique de la ponctuation en traduction (français-espagnol). La linguistique 47, 121-136. https://shs.cairn.info/revue-la-linguistique-2011-2-page-121?lang=fr.
RAE 2005 = Real Academia Española 2005. Diccionario panhispánico de dudas. Santillana.
RAE 2010 = Real Academia Española 2010. Ortografía de la lengua española. Espasa.
Riegel, Pellat & Rioul 1994 = Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat, René Rioul 1994. Grammaire méthodique du français. Presses universitaires de France.
SN = Syntagme nominal.
SP = Syntagme prépositionnel.
Todó 2002 = Gérard de Nerval 2002. Sylvie. Traducción de Lluís Maria Todó. Acantilado.
Tricás Preckler 1995 = Mercedes Tricás Preckler 1995. Manual de traducción. Francés-castellano. Gedisa.
Wagner & Pinchon 1962 = Robert-Léon Wagner, Jacqueline Pinchon 1962. Grammaire du français classique et moderne. Hachette.
1 Ce fut, à la Renaissance, le point de vue d'Estienne Dolet (1540 : 21) : « Si toutes les langues généralement ont leurs différences en parler, et escripture, toutesfoys non obstant cela elles n'ont qu'une puntuaction seulement [...] ». Ce fut aussi, au 18e siècle, celui de Nicolas Beauzée (1765 : 17) : « un système de ponctuation construit sur de solides fondements, n'est pas plus propre à la langue françoise qu'à toute autre langue. C'est une partie de l'objet de la grammaire générale [...] ».
2 C'est également la conclusion à laquelle parviennent certaines études contrastives français-anglais, comme celles de Demanuelli (1987) et Demanuelli & Demanuelli (1991).
3 Ponge (2011 : 135) reconnaît elle-même que le problème des préférences linguistiques propres à chaque langue en matière de ponctuation est loin d'être résolu : « nous souhaiterions pouvoir approfondir cette réflexion en menant une étude contrastive (espagnol/français) de grande ampleur ».
4 La thématisation consiste à mettre en relief, en tête de phrase, le point de départ du propos, tandis que la topicalisation consiste en la délimitation d'« un référent dans l'ensemble des unités possibles et à le présenter comme support pertinent d'une énonciation » (Combettes & Prévost 2001 : [14]).
5 Selon la définition restreinte qu'en donnent Riegel, Pellat & Rioul (1994 : 617), les connecteurs correspondent « aux unités linguistiques qui ne font pas partie intégrante des propositions, mais qui assurent leur liaison et organisent leurs relations, sans être des expressions anaphoriques ».
6 Ceux-ci permettent de structurer le discours en indiquant les relations logiques ou rhétoriques entre les propositions, telles que la cause, la conséquence, l'opposition, la concession, etc.
7 Les adjectifs détachés en tête de phrase ont une fonction d'épithète, raison pour laquelle on les appelle généralement épithètes détachés. Les syntagmes nominaux sans déterminants placés en tête de phrase apportent également une information supplémentaire sur le sujet ; leur fonction est dite d'apposition détachée.
8 « Par portée nous entendons toute portion de texte dont l'interprétation est indexée comme devant s'effectuer dans un certain cadre (ou espace) de véridiction » (Charolles 1988 : 9).
9 Pour le français, trois grammaires ont été consultées : Wagner & Pinchon (1962), Grevisse & Goosse (2001) et Riegel, Pellat & Rioul (1994). On dispose également de deux ouvrages consacrés à la ponctuation : Drillon (1991) et Colignon (2004). Pour l'espagnol ont été consultés les deux ouvrages de référence de la Real Academia Española, RAE (2005) et RAE (2010).
Annexes
(6a) | Nerval 1892 [1853] : 6 |
D'ailleurs, ceci est une idée d'un autre temps. | |
(6b) | Cardona Vallejo 2016 |
Además es una idea de otra época. | |
(6c) | Todó 2002 : 12 |
Además, es una idea de otra época. |
(7a) | Nerval 1892 [1853] : 16 |
[…] cependant l'aspect du couvent me donna un instant l'idée que c'était celui peut-être qu'habitait Adrienne. | |
(7b) | Cardona Vallejo 2016 |
[…] sin embargo, la visión del convento me dio por un instante la idea de que acaso allí viviera Adrienne. | |
(7c) | Todó 2002 : 30 |
[…] sin embargo, la visión del convento me dio por un instante la idea de que acaso fuera allí donde vivía Adrienne |
(8a) | Nerval 1892 [1853] : 23 |
Et cependant les sabots garnis de dentelle découvraient admirablement ses bras nus […] | |
(8b) | Cardona Vallejo 2016 |
Y sin embargo, las bocamangas guarnecidas de encajes descubrían admirablemente sus brazos desnudos […] | |
(8c) | Todó 2002 : 37 |
Y sin embargo las bocamangas guarnecidas de encajes descubrían admirablemente sus brazos desnudos […] |
(9a) | Nerval 1892 [1853] : 23 |
Cependant la tante venait de verser dans un plat le contenu de la poêle, une tranche de lard frite avec des œufs. | |
(9b) | Cardona Vallejo 2016 |
Mientras tanto, la tía acababa de verter en un plato el contenido del sartén, una loncha de tocino frito con huevos. | |
(9c) | Todó 2002 : 38 |
Mientras tanto, la tía acababa de verter en un plato el contenido de la sartén, una loncha de tocino con huevos. |
(10a) | Nerval 1892 [1853] : 26-27 |
Pourtant c'est bien le fils du garde qui nous avait introduits dans la salle où avait lieu la représentation […] | |
(10b) | Cardona Vallejo 2016 |
Sin embargo, fue sin duda el hijo del guarda quien nos hizo pasar a la sala donde tenía lugar la función […] | |
(10c) | Todó 2002 : 44 |
Sin embargo, sin duda fue el hijo del guarda quien nos introdujo en la sala donde tenía lugar la representación […] |
(11a) | Nerval 1892 [1853] : 28-29 |
Cependant j'ai passé outre, me fiant sur ma raison. | |
(11b) | Cardona Vallejo 2016 |
Sin embargo seguí adelante, confiando en mi razón. | |
(11c) | Todó 2002 : 46 |
Sin embargo, seguí adelante, confiando en mi razón. |
(12a) | Nerval 1892 [1853] : 34 |
Pourtant ne désespérons pas, et, comme tu fis à ton suprême instant, tournons nos yeux vers le soleil! | |
(12b) | Cardona Vallejo 2016 |
¡Sin embargo, no desesperemos y, como hiciste tú en el instante supremo, volvamos nuestros ojos hacia el sol! | |
(12c) | TODÓ 2002 : 52 |
¡Sin embargo, no desesperemos y, como hiciste tú en el instante supremo, levantemos los ojos hacia el sol! |
(13a) | Nerval 1892 [1853] : 40 |
D'ailleurs un amour qui remonte à l'enfance est quelque chose de sacré … | |
(13b) | Cardona Vallejo 2016 |
Además, un amor que se remonta a la infancia es algo sagrado ... | |
(13c) | Todó 2002 : 62 |
Además, un amor que se remonta a la infancia es algo sagrado ... |
(14a) | Nerval 1892 [1853] : 39 |
Alors chantez-moi la chanson de la belle fille enlevée au jardin de son père, sous le rosier blanc. | |
(14b) | Cardona Vallejo 2016 |
Entonces cánteme la canción de la hermosa joven raptada en el jardín de su padre, bajo el rosal blanco. | |
(14c) | Todó 2002 : 59 |
Entonces, cánteme la canción de la bella joven raptada en el jardín de su padre, bajo el rosal blanco. |
(15a) | Nerval 1892 [1853] : 27 |
Heureusement voici la voiture qui s'arrête sur la route du Plessis ; […] | |
(15b) | Cardona Vallejo 2016 |
Afortunadamente, he aquí que el coche se detiene en la ruta del Plessis; […] | |
(15c) | Todó 2002 : 44 |
Afortunadamente, he aquí que el coche se detiene en la ruta de Le Plessis; […] |
(16a) | Nerval 1892 [1853] : 32 |
Heureusement le troène de Virgile fleurit encore, comme pour appuyer la parole du maître inscrite au-dessus de la porte : […] | |
(16b) | Cardona Vallejo 2016 |
¡Por suerte el ligustro de Virgilio aún florece, como para apoyar la palabra del maestro inscrita encima de la puerta: […] | |
(16c) | Todó 2002 : 52 |
Por suerte, el aligustre de Virgilio aún florece, como para apoyar la palabra del maestro inscrita encima de la puerta: […] |
(17a) | Nerval 1892 [1853] : 9 |
Aux vacances de l'année suivante, j'appris que cette belle personne à peine entrevue était consacrée par sa famille à la vie religieuse. | |
(17b) | Cardona Vallejo 2016 |
En las vacaciones del año siguiente me enteré de que aquella beldad apenas entrevista había sido consagrada por su familia a la vida religiosa. | |
(17c) | Todó 2002 : 18 |
En las vacaciones del año siguiente, me enteré de que aquella belleza apenas entrevista había sido consagrada a la vida religiosa por su familia. |
(18a) | Nerval 1892 [1853] : 14 |
À la fin du repas, on fit s'envoler du fond de la vaste corbeille un cygne sauvage […] | |
(18b) | Cardona Vallejo 2016 |
Al final del banquete vimos cómo alzaba el vuelo desde el fondo de la gran canasta un cisne salvaje […] | |
(18c) | Todó 2002 : 25 |
Al final del banquete, vimos cómo alzaba el vuelo desde el fondo de la gran canasta un cisne salvaje […] |
(19a) | Nerval 1892 [1853] : 16 |
Du haut de ces entassements sublimes, je voyais les étangs lointains se découper, comme des miroirs sur la plaine brumeuse […] | |
(19b) | Cardona Vallejo 2016 |
Desde lo alto de esos cúmulos sublimes veía los estanques lejanos recortarse como espejos sobre la llanura brumosa […] | |
(19c) | Todó 2002 : 29 |
Desde lo alto de esos sublimes montones, veía los estanques lejanos recortándose como espejos sobre la llanura brumosa […] |
(20a) | Nerval 1892 [1853] : 16 |
À ma gauche, je vis se dessiner la longue ligne des murs du couvent de Saint-S…, […] | |
(20b) | Cardona Vallejo 2016 |
A mi izquierda vi dibujarse la larga línea de los muros del convento de Saint-S...; […] | |
(20c) | Todó 2002 : 30 |
A mi izquierda, vi dibujarse la larga línea de los muros del convento de Saint-S…, […] |
(21a) | Nerval 1892 [1853] : 28 |
En un instant, j'étais à ses côtés. | |
(21b) | Cardona Vallejo 2016 |
Al cabo de un instante estaba a su lado. | |
(21c) | Todó 2002 : 45 |
Al cabo de un instante estaba a su lado. |
(22a) | Nerval 1892 [1853] : 29 |
En ce moment, notre entretien fut interrompu par de violents éclats de rire. | |
(22b) | Cardona Vallejo 2016 |
En ese momento, nuestra conversación fue interrumpida por unas violentas risotadas. | |
(22c) | Todó 2002 : 47 |
En aquel momento fuimos interrumpidos por unas violentas risotadas. |
(23a) | Nerval 1892 [1853] : 35 |
Oh ! Je ne fais plus de dentelle, on n'en demande plus dans le pays ; même à Chantilly, la fabrique est fermée. | |
(23b) | Cardona Vallejo 2016 |
¡Ah!, ya no hago encaje, ya nadie lo pide en la región; incluso en Chantilly la fábrica cerró. | |
(23c) | Todó 2002 : 55 |
Oh!, Ya no hago encaje, ya nadie lo pide en esta región ; incluso cerraron la fábrica de Chantilly. |
(24a) | Nerval 1892 [1853] : 44 |
Vers huit heures, j'étais assis dans ma stalle accoutumée ; […] | |
(24b) | Cardona Vallejo 2016 |
Hacia las ocho estaba sentado en mi butaca habitual; […] | |
(24c) | Todó 2002 : 69 |
Hacia las ocho estaba sentado en mi butaca habitual; […] |
(25a) | Nerval 1892 [1853] : 44 |
Dans la scène du jardin, elle devient sublime. | |
(25b) | Cardona Vallejo 2016 |
En la escena del jardín llegó a estar sublime. | |
(25c) | Todó 2002 : 69 |
En la escena del jardín, estuvo sublime. |
(26a) | Nerval 1892 [1853] : 45 |
Dans la conversation qui suivit, je me révélai comme l'inconnu des deux lettres. | |
(26b) | Cardona Vallejo 2016 |
En la conversación que siguió me revelé como el desconocido de las dos cartas. | |
(26c) | Todó 2002 : 71 |
En la conversación que siguió, me revelé como el desconocido de las dos cartas. |
(27a) | Nerval 1892 [1853] : 46 |
Après le déjeuner, nous descendîmes dans des villages rappelant ceux de la Suisse [...] | |
(27b) | Cardona Vallejo 2016 |
Después del almuerzo bajamos a unos pueblos que recordaban los de Suiza […] | |
(27c) | Todó 2002 : 72 |
Después del almuerzo, bajamos a unos pueblos que recordaban los de Suiza [...] |
(28a) | Nerval 1892 [1853] : 8 |
Pour ce jour de fête, on lui avait permis de se mêler à nos jeux ; […] | |
(28b) | Cardona Vallejo 2016 |
Aquel día de fiesta le habían permitido mezclarse en nuestros juegos; […] | |
(28c) | Todó 2002 : 17 |
Aquel día de fiesta, le habían permitido mezclarse en nuestros juegos; […] |
(29a) | Nerval 1892 [1853] : 44 |
Un matin, je lus dans un journal qu'Aurélie était malade. | |
(29b) | Cardona Vallejo 2016 |
Una mañana leí en un periódico que Aurélie estaba enferma. | |
(29c) | Todó 2002 : 70 |
Una mañana, leí en un periódico que Aurélie estaba enferma. |
(30a) | Nerval 1892 [1853] : 45-46 |
Les jours suivants, j'écrivis les lettres les plus tendres, les plus belles que sans doute elle eût jamais reçues. | |
(30b) | Cardona Vallejo 2016 |
Los días siguientes, le escribí las cartas más tiernas, las más hermosas que sin duda recibiera jamás. | |
(30c) | Todó 2002 : 71 |
Durante los días siguientes le escribí las cartas más dulces, más hermosas que sin duda recibiera jamás. |
(31a) | Nerval 1892 [1853] : 46 |
Deux mois plus tard, je reçus une lettre pleine d'effusion. | |
(31b) | Cardona Vallejo 2016 |
Dos meses más tarde recibí una carta llena de efusión. | |
(31c) | Todó 2002 : 71 |
Al cabo de dos meses, recibí una carta llena de efusión. |
(32a) | Nerval 1892 [1853] : 46 |
L'été suivant, il y avait des courses à Chantilly. | |
(32b) | Cardona Vallejo 2016 |
El verano siguiente había carreras en Chantilly. | |
(32c) | Todó 2002 : 71 |
El verano siguiente, había carreras en Chantilly. |
(33a) | Nerval 1892 [1853] : 5 |
En sortant, je passai par la salle de lecture, et machinalement je regardai un journal. | |
(33b) | Cardona Vallejo 2016 |
Al salir pasé por la sala de lectura y, con gesto maquinal, miré un periódico. | |
(33c) | Todó 2002 : 11 |
Al salir, pasé por la sala de lectura y miré un periódico de forma maquinal. |
(34a) | Nerval 1892 [1853] : 7 |
En lui donnant ce baiser, je ne pus m'empêcher de lui presser la main. | |
(34b) | Cardona Vallejo 2016 |
Al darle aquel beso no pude evitar apretarle la mano. | |
(34c) | Todó 2002 : 16 |
Al darle aquel beso, no pude evitar apretarle la mano. |
(35a) | Nerval 1892 [1853] : 26 |
En me retraçant ces détails, j'en suis à me demander s'ils sont réels, ou bien si je les ai rêvés. | |
(35b) | Cardona Vallejo 2016 |
Al repasar estos detalles debo preguntarme si son reales o si los soñé. | |
(35c) | Todó 2002 : 43 |
Al trazar de nuevo todos estos detalles, llego a preguntarme si son reales o si los he soñado. |
(36a) | Nerval 1892 [1853] : 50 |
Pour se rendre à Ermenonville, on ne trouve plus aujourd'hui de route directe. | |
(36b) | Cardona Vallejo 2016 |
Para llegar a Ermenonville ya no hay ruta directa. | |
(36c) | Todó 2002 : 76 |
Para ir a Ermenonville, ahora ya no hay ruta directa. |